Rubrique Demeures Insolites

DRÔME – Le palais idéal du facteur Cheval

Ce lieu, on croit le connaître... Mais à chaque visite, on y découvre quelque chose de nouveau. Ou comment ne jamais perdre son âme d'enfant !
Le palais du facteur Cheval - Illustration de HeyTon's
Illustration de HeyTon's
Rubrique Demeures Insolites

DRÔME – Le palais idéal du facteur Cheval

Ce lieu, on croit le connaître... Mais à chaque visite, on y découvre quelque chose de nouveau. Ou comment ne jamais perdre son âme d'enfant !
Le palais du facteur Cheval - Illustration de HeyTon's
Illustration de HeyTon's

par Aurore Blanc

« Quarante ans j’ai pioché
Pour faire jaillir de terre ce palais de fées. »
Joseph Ferdinand Cheval

Version audio et vidéo disponible ICI !

Avant d’écrire cet article, j’ai cherché à me remémorer au mieux mes souvenirs d’enfant et d’ado. Le palais et son désormais célèbre créateur, le facteur Joseph Ferdinand Cheval, ont déjà fait couleur beaucoup d’encre. On trouve en ligne et dans de nombreux ouvrages tout un tas d’informations devenues historiques concernant ce curieux personnage qui a en son temps défrayé la chronique. Je ne prétendrai donc pas vous les rapporter de manière exhaustive. Mon but ici est plutôt de vous faire (re)découvrir avec mes yeux émerveillés d’enfant un lieu devenu incontournable pour les amateur·ices d’art brut ou de curiosités architecturales.

Un écrin: la Drôme des collines

J’ai grandi dans le nord du Vaucluse, au carrefour de plusieurs départements très différents les uns des autres. A l’Ouest, le Gard, parsemé de somptueux vestiges romains où aqueducs et arènes se volent mutuellement la vedette depuis des millénaires. Au Nord-Ouest, L’Ardèche, ses collines desséchées aux pierres brûlantes et aux rivières salvatrices sous la chaleur mordante de l’été. Au Nord, la Drôme aux collines verdoyantes qui continue de me faire penser à La Comté du Seigneur des Anneaux. Et dans cet écrin, où parvient parfois à demeurer un peu de verdure quand la sécheresse l’épargne, la perle rare du département : le Palais du facteur Cheval. Trônant au cœur d’un village au joli nom de Hauterives, l’accès en est à présent bien indiqué, mais il n’en a pas toujours été ainsi. Si André Malraux l’a déclaré monument historique en 1969, j’ose à peine imaginer quels ragots de village ont dû véhiculer les gens au sujet de ce drôle d’énergumène qui s’est attelé, pendant plus de trente ans, à bâtir ce monumental et singulier édifice. 

Le palais est visible dès le grand parking aménagé ces dernières années pour accueillir les flot de visiteurs. Quelques pitons biscornus dépassent de derrière la clôture, en guise d’amuse-bouche. De loin, on peut se dire que, tiens, finalement ce n’est pas si grand… Mais une fois à ses pieds, l’oeuvre prend une toute autre dimension.

Une perle: sa première pierre

L’histoire raconte que c’est en en 1879, en buttant sur une pierre à la forme étrange lors de l’une de ses tournées de distribution de courrier, que le facteur Cheval eut une révélation. Il allait bâtir, sans aucune connaissance en la matière, un palais idéal, un lieu somptueux et magique à l’image de ses rêves les plus fous. La pierre en question trône sur l’une des terrasses à l’étage de la partie centrale. Tordue, polie, couverte de volutes et de strates, elle a en elle-même l’air d’une sculpture contemporaine.

Durant les 33 années suivantes, il ramassa patiemment les pierres qui lui plaisaient dans sa fidèle brouette en parcourant chaque jour la trentaine de kilomètres de sa tournée. Il ne se doutait pas alors que son œuvre, « l’œuvre d’un seul homme » comme il l’a gravé sur le fronton de son palais, allait inspirer des artistes de courants très divers, notamment les surréalistes. Sur cette même façade, on trouve aussi un défi lancé à ses contemporains: « Plus opiniâtre que moi se mette à l’oeuvre». Et il faut croire que ça a marché, car bien des années plus tard, des tas d’artistes ont repris le flambeau pour faire à leur tour de leur jardin ou de leur maison un lieu de rêverie et de création hors des normes. Jacques Lucas en Bretagne (la Maison Sculptée), Thierry Hermann près de Lyon (La Demeure du Chaos), et même la galerie insolite de Villi en Islande … Nous en avons découvert tant depuis!

Un bijou : son monde foisonnant

Il faut dire que son travail a mille raisons de fasciner tout un chacun. Bâti sans respecter aucune norme, ni celles de l’architecture, ni celles relatives aux matériaux de construction,  entassant pêle-mêle les figures mythologiques et celles liées à la nature, il en émane une aura étonnante qui tient aussi bien de la beauté innocente d’un dessin d’enfant  que de la puissance d’un palais indonésien.

Je me souviens d’animaux merveilleux : un jaguar, un phénix, une pieuvre géante, un lion, un crocodile… Je me souviens aussi des grands escaliers permettant d’accéder aux terrasses en hauteur, et des toutes petites loges cachées sous les voûtes du rez-de-chaussée, dont on risquait de manquer les trésors de ciment et de coquillages si on ne longeait pas en la caressant toute l’imposante façade. Il me semble à présent impossible de vous décrire toutes ces merveilles. Chaque pan de façade est une oeuvre à part entière. Chaque cache renferme une surprise. Chaque tunnel nous murmure un secret. Lustres, fresques, poèmes gravés dans le ciment, énigmes, sculptures, bas-reliefs, fenêtres et rembardes… Chaque élément est un bijou qui tient sa place exacte dans l’immense parure qu’est le palais idéal du facteur Cheval.

Les orfèvres: bâtisseurs de génie

Je crois que ce qui me touche le plus dans ces « demeures insolites » qui me sont si chères et que je me plais à dénicher aux quatre coins de France et d’ailleurs, c’est cette volonté farouche de bâtir, de créer. Pas seulement pour laisser une trace dans l’histoire, mais aussi parce que cela s’impose comme une évidence pour ceux qui, un matin, se sont levés avec ce projet fou qui a bouleversé et nourri leur vie entière. J’ai été marquée par la démesure du projet de Ferdinand Cheval. Mais j’ai aussi souri en lisant les nombreux poèmes et aphorismes qu’il a gravés un peu partout. Pleins de touchantes fautes d’orthographe témoignant de son manque d’éducation, ils révèlent surtout sa tendre mégalomanie, sa tenacité et son peu d’attachement aux convenances. Le facteur Cheval nous rappelle qu’il ne faut jamais tronquer ou niveler nos rêves par le bas. Et surtout, surtout, que lorsque l’on rêve grand, la vie prend un tout autre sens et une toute autre saveur.

Tant mieux si l’on se souvient encore de lui aujourd’hui: sa volonté de ne pas être oublié sera respectée. Espérons que ce sera aussi le cas pour la Maison Sculptée de Jacques Lucas, La Demeure du Chaos ou l’univers du Poète Ferrailleur (voir articles précédents), car leur œuvre nous inspire et nous rappelle que rien n’est impossible à qui se donne les moyens de rêver.

Après avoir mis des décenies assembler les fruits minéraux de ses collectes, Joseph Ferdinand Cheval ayant atteint le noble âge de 77 ans, trouva encore la force de bâtir son propre tombeau dans le cimetière de Hauterives. Aujourd’hui après « 10 000 Journées, 93 000 Heures, 33 ans d’épreuves », espérons qu’il y repose en paix auprès de toute sa famille, malgré le flot incessant de visiteurs qui ne cessent d’affluer pour contempler son œuvre.

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Informations pratiques :

Animaux non autorisés.

Sacs à laisser à la consigne.

Tarif : Adulte 9,50 / Enfants 5,50/ Réduit 6,50. Audioguides sur place 2 Euros

Horaires: Ouvert toute l’année sauf Noël et jour de l’an; voir le détail sur le site officiel https://www.facteurcheval.com/

ATTENTION : Face à l’afflux de visites, réservation fortement conseillée.

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