Rubrique Carnet de Voyage

Rencontre avec La Lune Mauve

Entretien à Rennes avec Marie Gilles, autrice du blog La Lune Mauve. Une artiste pleine de talent qui nous parle de sa passion pour les voyages insolites et de la manière dont cela influence sa créativité.
Rubrique Carnet de Voyage

Rencontre avec La Lune Mauve

Entretien à Rennes avec Marie Gilles, autrice du blog La Lune Mauve. Une artiste pleine de talent qui nous parle de sa passion pour les voyages insolites et de la manière dont cela influence sa créativité.

Par Aurore Blanc

Version audio de l’interview disponible ICI !

Au culot. C’est souvent comme ça que je démarche des gens que nous suivons avec le collectif VETC. Des gens – souvent des artistes – qui n’ont aucune raison particulière de nous accorder de leur temps. Mais qui le font presque toujours. Parce que la spontanéité est plus que nécessaire dans un monde qui va à trois mille à l’heure. Parce que ces parenthèses que constituent les rencontres font du bien à nos vies. Parce que la blogosphère est un monde à part où se rejoignent plein de jardins secrets dans lesquels ont peut planter ensemble un tas de nouvelles graines.

Marie tient le blog La Lune Mauve depuis plus de 20 ans. Son travail nous a beaucoup inspiré.e.s au tout début de notre projet, pour trouver des lieux insolites à aller explorer, ou pour construire notre propre site. Nous admirons beaucoup son travail de rédactrice, la beauté de ses illustrations féeriques pleines de harpies et autres créatures mystérieuses, et la sincérité avec laquelle elle parle de sa manière de travailler en général.

En ce doux (mais frais) matin d’avril,  nous sommes ravi.e.s de pouvoir enfin la rencontrer au cœur du parc du Thabor à Rennes. On s’asseoit au centre de la roseraie, sur un banc au bord d’un bassin qui glougloute et dans lequel quelques canards silencieux s’installent pour nous écouter discuter. Aujourd’hui, elle nous parle à cœur ouvert de son rapport au voyage et de son expérience de blogueuse.

Présentations

«  Je m’appelle Marie Gilles, j’ai 40 ans, je suis née à Strasbourg et vis depuis une dizaine d’années en Bretagne. J’aime bien dire que j’ai une double vie : designer le jour et artiste la nuit. Quand j’ai du temps libre je peins, je fais de la gravure, j’écris. J’aime aussi lire, chiner dans les brocantes et traîner des heures dans les papeteries et librairies. »  Bien. On devrait pouvoir s’entendre… Au cas où nous en doutions encore ! Parce que moi, dès que j’ai découvert son blog, et vu une photo d’elle sur Insta, je me suis dit que cette personne avait l’air d’être un croisement idéal entre mon amoureux d’artiste et moi ! La chevelure orange flamboyant rasée sur le côté, le sourire espiègle, la description de ses centres d’intérêts allant de la culture metal aux lieux insolites en passant par le féminisme et l’illustration … Il fallait absolument qu’on se rencontre. J’ai juste un peu forcé le destin grâce à la fée Instagram. 

Et maintenant, on est face à face, ou plutôt côte à côte. Aya écrit, Antonin dessine, je parle, on l’écoute. C’est le moment de se balancer en touffe notre admiration mutuelle avant de démarrer l’enregistrement vocal [épisode youtube à paraître]. Et ça fait du bien ! « J’ai été impressionnée par la qualité des contenus et des illustrations que vous proposez sur votre blog. Les thématiques sont très variées. Toutes ces illustrations originales, c’est rare sur ce genre de blogs. Par exemple, votre article sur la maison sculptée de Jacques Lucas était vraiment super ! – En fait… C’est par ton blog qu’on l’a connu ! »

Éclats de rires. On est bien. On lance l’enregistreur. Et on l’écoute…

Un blog au nom qui remonte à loin

« Le nom de mon blog vient d’une drôle d’histoire de mon adolescence. J’ai fait beaucoup d’allemand jusqu’au lycée. J’étais souvent en échange scolaire chez des correspondantes. L’une d’elle, Ricarda, vivait à Stuttgart. Elle dessinait beaucoup, et avait un univers visuel très personnel qu’elle partageait avec sa meilleure amie. Chacune s’y représentait par un nuage de couleur qui la symbolisait : Ricarda avait un nuage bleu, et son amie un nuage rose. Elles m’ont proposé de me joindre à elles, mais je ne pouvais quand même pas avoir un nuage ! Alors j’ai choisi la lune, et ma couleur préférée: le mauve. C’est comme ça qu’est né le nom de mon site. »

La Lune Mauve, de quoi ça parle ?

« Si je devais présenter mon blog en quelques mots, je dirais que c’est un blog personnel, culturel et créatif. J’y parle de voyages insolites, j’adore tout ce qui est curiosités, avec une forte dominante sur le macabre et le funéraire. J’aime aussi beaucoup l’art brut. Mon blog est une ode à l’inhabituel, tout ce qui est en marge, hors normes. La mouture actuelle date de 2016. Je suis malgré tout beaucoup sur les réseaux sociaux (notamment sur Instagram et Mastodon), car je ne pense pas que les blogs et les réseaux s’opposent : ils se complètent, plutôt. J’aime m’imaginer que j’ai une petite maison sur le web (mon blog) et que je lance des invitations à droite à gauche, surtout via Instagram, pour permettre aux gens de venir visiter mon univers. »

« King » – Illustration de Marie, de La Lune Mauve

Petite pause. On boit un coup. On rit en voyant un écureuil poursuivre une pie juste au-dessus de nous. Il est temps d’aborder notre sujet favori… Alors, qu’est-ce que Marie va nous faire découvrir de nouveau sur le voyage ? 

Le Voyage comme métamorphose

« Quand on voyage, on laisse des parties de nous en route, et on en ramène de nouvelles, comme des pièces de puzzle. Je pars le plus souvent pour prendre des vacances, en période de sécheresse créative. Chaque jour, ma jauge de créativité et d’énergie se reconstruit, et quand je rentre j’ai souvent plein d’idées issues des musées, jardins ou cimetières que j’ai visités. Autant de nouvelles références visuelles qui me reconnectent à ce que j’appelle la Source, ce sentiment d’être inspirée, d’avoir de l’énergie… Je pense que quand on est artiste, on a besoin de cet inconfort qui va souvent de pair avec le voyage, puisqu’on n’est pas chez soi, dans son cocon habituel. On se confronte à une sorte d’altérité (paysages, climat, langues, gens différents). Mes voyages me permettent ces chamboulements, et me font retrouver mon regard juvénile avant de retourner dans mon atelier où je laisse tout ça ressortir sous une forme différente. Une fois de retour, mon cerveau décante, broie du grain, et permet à cette métamorphose artistique d’advenir. »

Pas toujours rose…

« Un de mes premiers souvenirs de voyage,  c’était un séjour en Allemagne qui n’a vraiment pas été agréable pour moi. J’étais encore en primaire, je ne parlais pas du tout allemand. Mes grands-parents le parlaient couramment en revanche, aussi dépendais-je d’eux pour comprendre tout ce qui se passait autour de moi. Je ne mangeais quasiment pas le soir, parce que les dîners allemands se composent souvent de fromage et de charcuterie, ce que je n’aimais déjà pas à l’époque. J’avais la dalle, je ne comprenais rien, et j’étais très nostalgique. Alors je me réfugiais dans la cabane du fils des gens chez qui on logeait. Ça m’a sauvée, ce refuge où j’en profitais pour noter mes impressions dans un cahier personnel. Heureusement, ça ne m’a pas dégoûtée des voyages du tout ! »

Les destinations favorites de La Lune Mauve

« Maintenant, je suis plutôt nostalgique de certaines de mes “destinations chouchoutes” : des endroits, des sensations précises que j’ai envie de retrouver en mangeant un scone dans telle ville d’Écosse par exemple. J’ai conscience que c’est un privilège de pouvoir voyager. Alors je m’immerge à fond. Ma ville de cœur c’est Londres, j’y suis allée une bonne dizaine de fois. Je sais qu’il y a plein d’autres endroits à découvrir. Mais Londres, c’est à part ! On ne peut pas s’en lasser, d’autant qu’il y a beaucoup de curiosités à Londres qui méritent le détour. »

Premier souvenir de voyage

« Le premier voyage que j’ai adoré de tout mon être, c’était un voyage à Venise en famille. Je devais avoir 16 ou 17 ans. J’ai passé la nuit en train-couchette à écouter du black metal sur mon walkman (appareil musical du siècle dernier). Au petit matin, le train passe sur un pont en chemin de fer et arrive sur la lagune. C’était un choc esthétique incroyable de découvrir cette ville presque fantôme sous la brume. Second coup de cœur : l’île-cimetière de San Michele, une espèce d’île des morts. Quand tu aimes les cimetières, tu ne peux que rêver de te retrouver devant un tel décor : les statues de pleureuses, les arbres immenses, les lianes qui s’enroulent sur le tombes, les épitaphes très romantiques… Ça m’a complètement chamboulée. Grâce à mes parents, j’ai eu la chance de pouvoir voyager. Ma mère était prof d’art plastiques, férue d’histoire de l’art, et ça m’a beaucoup influencée. »

Un de mes meilleurs souvenirs de voyage

« C’était en Cornouailles, en bord de mer, au sud-ouest de l’Angleterre. On était en avril, avant la saison touristique. Il faisait calme et beau, frais et lumineux (le printemps est ma saison préférée). On voulait aller dans le village de Boscastle visiter le musée de la sorcellerie. Mais ce qui m’a le plus marquée ce jour là, c’est une promenade dans la forêt à la recherche de la tombe de Joan Wytte, qui a la réputation d’avoir été une sorcière. C’est presque indescriptible, le souvenir de ce chemin de bon matin dans une forêt anglaise à la recherche d’une toute petite tombe flanquée d’une triple lune. Quand on l’a enfin trouvée, j’ai eu l’impression d’avoir décroché le Graal ! »

Pire souvenir de voyage

« Il y a quelques années, à Édimbourg… On avait beaucoup marché pendant ce périple, j’étais épuisée et je suis tombée dans les escaliers en sortant de l’hôtel la veille du retour. J’ai passé la soirée aux urgences, parce que je me suis cassé le coude. Or, nous devions nous taper une dizaine d’heures en bus et train le lendemain pour rentrer en France. Mon partenaire a dû porter mon énorme sac plein de 5 ou 6 kilos de livres… Plus son propre sac qui devait en contenir autant en disques ! Son dos a été mis à rude épreuve ce jour-là ! »

Choisir ses destinations

« Honnêtement, c’est le budget qui est souvent le premier critère, et le choix de ne pas voyager en avion. Nos destinations préférées étant le Royaume-Uni ou l’Irlande, le ferry est facile à prendre à Caen, pour nous qui vivons près de Rennes. Même si le réseau de transports en commun est moins performant au Royaume-Uni qu’en France, on s’en sort. Sauf pour aller voir les lieux insolites vraiment nichés dans la rase campagne ou dans les montagnes : là, on loue une voiture, voire on utilise la nôtre. Quand je prépare un voyage, je me réfère aussi au site Atlas Obscura, que je consulte pour découvrir des endroits incroyables que je ne connais pas encore. Pour le reste, Internet est mon ami : en faisant des recherches de blog en blog, ou grâce à ce que les gens que je suis partagent sur Instagram. »

« Cottage witch » – Illustration de Marie, de La Lune Mauve

Après quelques mots de Marie sur ses envies de futurs voyages dans les pays nordiques, nous nous regroupons sous un magnifique arbre en fleurs pour faire une dernière photo tous les quatre et immortaliser ce doux moment. Nous faisons encore quelques pas ensemble. Les sujets de discussion affluent, on regarde nos montres, on doit partir chacun.e dans une direction différente. Mais nous ne sommes pas vraiment inquiet.e.s. Aujourd’hui, nous avons planté dans notre jardin commun des graines qui fleuriront tôt ou tard. Sur les mots de Marie, nous avons voyagé. L’envie de reprendre la plume et le pinceau nous titille… Et c’est ce que nous faisons dès notre retour dans notre cambrousse à nous, dans laquelle il me semble encore entendre le rire de Marie et le glouglou du bassin aux canards. 

La nouvelle lune, c’était hier. Et demain… Qui sait où se recroiseront peut-être nos chemins ?

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2 réponses

  1. J’ai découvert le projet en suivant le lien d’un commentaire sur le blog de… la lune mauve, bien sur ! Maintenant, je me régale d’avance d’aller me promener sur le reste du site. bravo et merci !

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