Rubrique Chronique de Randos

BRETAGNE – La légende de la chambre aux loups

Un petit air de Canada dans un vallon méconnu de l’Ille-et-Villaine… C’est parti pour l’exploration de la chambre aux loups, à la recherche du légendaire loup-guerrier aujourd’hui devenu rocher!
La chambre aux loups - Illustration de Magrillu
Illustration de Magrillu
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BRETAGNE – La légende de la chambre aux loups

Un petit air de Canada dans un vallon méconnu de l’Ille-et-Villaine… C’est parti pour l’exploration de la chambre aux loups, à la recherche du légendaire loup-guerrier aujourd’hui devenu rocher!
La chambre aux loups - Illustration de Magrillu
Illustration de Magrillu

Par Aurore Blanc

Comme une envie de sortir prendre l’air malgré le froid glacial de décembre, au lendemain d’une nuit mouvementée aux Transmusicales de Rennes. Aujourd’hui, nous avons envie de pousser l’exploration un peu plus loin que nos habituels circuits de balade. Pour nous dégourdir les yeux et nous détendre un peu les oreilles…

Je me souviens d’avoir entendu parler de la chambre aux loups en cherchant la salle de spectacle éponyme du village d’Iffendic, jolie commune typiquement bretonne située à moins d’une quarantaine de kilomètres de Rennes. Le GPS avait alors failli nous emmener par erreur jusqu’à ce joli vallon au en bordure de l’Ille-et-Vilaine, à quelques dizaines de kilomètres à peine de la légendaire forêt de Brocéliande. Mais justement, Brocéliande, pour moi qui vis ici depuis dix ans, c’est vu et revu. Alors va pour la chambre aux loups. Avec un nom pareil, il devrait bien y avoir moyen de trouver une petite légende à grappiller au passage…

Nous garons notre iconique camionnette rouge au pied du petit barrage en aval de la retenue d’eau de Boutavent, en bas du vallon. Un parking plus grand, dans un champ, nous avait fait de l’œil un peu plus haut, mais nous avons choisi (température glaciale oblige) de descendre en voiture et de commencer la randonnée un plus bas. Le lac est presque entièrement gelé, les arbres couverts de givre bleuté sont assortis au lichen qui habille de nombreux troncs et rochers. Personne. Un silence presque étonnant. Seuls les coups de becs d’un infatigable pic-vert que nous aurons le loisir d’admirer un peu plus loin résonnent dans le val. Nous sommes charmés. 

Les feuilles mortes crissent sous nos pas, l’air est sec et revigorant. Nous choisissons de suivre le sentier bien balisé sans nous poser de questions. Il est plat et étroit et longe le ruisseau sur quelques kilomètres. Puis il bifurque et grimpe à flanc de colline. Nous voici béats et nez au vent aux pieds des rocs épars de schiste gris et rose qui dressent leurs dos difformes entre les arbres immenses. Avec un peu d’imagination, on y voit des profils de géants et de trolls endormis, la barbe moussue et le front ridé.

Et soudain, il apparaît au-dessus de nous, juste en haut de la côte. Le loup. Le rocher se détache à contre jour en une silhouette parfaitement nette qui évoque sans détours possibles un canidé hurlant à la lune.

Une légende celte raconte qu’il y a bien longtemps, ce grand loup de schiste s’éveillait quand la terre de Bretagne était menacée par un peuple envahisseur. Alors, le fauve s’ébrouait, se débarrassant des derniers éléments minéraux, carcans de son sommeil et de sa fureur, et devenait un guerrier sans pitié qui partait à l’attaque. Mon âme d’enfant est tout émoustillée, et je ne peux m’empêcher de grimper sur le dos dudit guerrier pour jeter un œil au val en contrebas.

Un chatouillement dans le ventre me ramène à la réalité. Le vertige, c’est pas d’avoir peur de tomber. C’est le frisson qui nous étreint quand on comprend qu’hélas, on ne sait pas voler.

Le sentier continue de serpenter sur les crêtes, puis redescend dans le vallon au fond duquel une jolie passerelle permet de rejoindre l’autre rive. Nous remontons sur les petites falaises d’en face qui culminent à 35 mètres du fond du val, et contemplons le soleil qui se couche précocement, inondant d’or les dernières feuilles qui s’accrochent encore aux chênes et aux bouleaux, gardiens silencieux et intemporels. 

D’ici, on se croirait sur les hauteurs du Val sans retour de Tréhorenteuc où trône le célèbre arbre d’or de Brocéliande. En plus calme. En plus sauvage. Et en bien moins touristique. Nous croisons peu de gens, et cela nous fait grand bien. La chambre aux loups se situe dans un espace naturel sensible, classé réserve naturelle, et nous savourons le plaisir de ne pas avoir à pester contre les chasseurs, malgré les quelques coups de feu que nous entendons au loin. Les sentiers sont bien balisés (il existe d’ailleurs plusieurs circuits dont un pour « p’tits loups »*), et bien que certains passages soient assez escarpés, cela nous ravit, ainsi que notre chienne qui batifole gaiement au milieu des mousses aux teintes variées.

De retour à l’endroit où nous avons laissé notre petit camion rouge, je contemple le barrage. Plus tard, je lirai qu’il s’agissait d’un très vieux gué datant probablement du mégalithique sur lequel l’édifice retenant l’eau a été bâti, entre 1963 et 1968, afin de créer l’actuelle retenue d’eau. Sans surprise, je me souviens du nombre de lieux que nous avons visités où des constructions plus ou moins modernes recouvrent les vestiges d’un autre temps. Ce sentier à l’aura magique, entre étangs miroitants, ruisseaux enchanteurs, forêt mystérieuse et lande sauvage valait bien un petit détour. Nous nous accordons à dire qu’il mérite son nom un peu pompeux de Grand Canyon, car le dépaysement en valait la chandelle, même pour les petits bretons que nous sommes. 

Et vous, saurez-vous retrouver le guerrier endormi qui hurle silencieusement à la lune en attendant de pouvoir déchaîner à nouveau sa colère?


Informations complémentaires :

*Vous pouvez télécharger ICI la fiche de randonnée très complète proposée par visorando.

A voir dans le même secteur : lac de Trémelin, ruines du château de Boutavent

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