Rubrique Carnet de Voyage

GEORGIE – Le Canyon de Martvili, où les rêves prennent corps

La Géorgie, contrée lointaine et méconnue des touristes européens, vient à nous sous la plume d'Aya qui nous raconte avec émoi sa découverte du Canyon de Martvili. Avec elle, découvrez ce paysage semblant jaillir d'un roman de Tolkien et laissez-vous porter au fil des eaux turquoises qui cachent bien des secrets...

Illustration de HeyTon’s (clique dessus pour la voir en entier)

Rubrique Carnet de Voyage

GEORGIE – Le Canyon de Martvili, où les rêves prennent corps

La Géorgie, contrée lointaine et méconnue des touristes européens, vient à nous sous la plume d'Aya qui nous raconte avec émoi sa découverte du Canyon de Martvili. Avec elle, découvrez ce paysage semblant jaillir d'un roman de Tolkien et laissez-vous porter au fil des eaux turquoises qui cachent bien des secrets...

Illustration de Heyton’S

Par Aya Gogishvili

En septembre 2022, j’ai fait mon premier voyage en Géorgie. A bien des égards, ce projet constituait une expérience inédite pour moi. Première fois dans ce petit pays du Caucase à la culture méconnue, première rencontre avec la famille de mon mari, première fois pour notre fils dans son deuxième pays, premier voyage en famille avec un enfant en bas âge… Cette nouvelle incursion dans l’Est promettait d’être riche en émotions. Et elle le fut. Entre les fêtes en grande pompe, notre virée à Tbilissi, celle à Batumi, toutes nos petites excursions, invitations et découvertes, j’eus le temps de me sentir chez moi. Et ce malgré la différence de culture, de mentalité, et la barrière de la langue. Et la Géorgie gagne à être connue, croyez-moi. Que ce soit ses espaces naturels préservés, sa culture ancienne, son histoire riche ou tout simplement sa cuisine et l’hospitalité de son peuple, il y a de quoi être dépaysé. Je n’ai pas vu la moitié de ce qu’il y a à voir sur ce petit bout de terre tourmenté par de nombreuses guerres. Et j’aurai l’occasion de vous raconter plus tard de nouvelles histoires…

Avant de partir en voyage j’avais fait quelques recherches. Et s’il y avait un lieu qui m’attirait tout particulièrement, c’était bien le canyon de Martvili. Beaucoup de photos sont disponibles sur internet, et donnent l’eau à la bouche tant elles figurent un lieu incroyablement beau. Mais qu’en était-il réellement ?  

Nous sommes partis visiter le Canyon accompagnés par notre famille, par un joli après-midi d’octobre anormalement ensoleillé. Ma belle-sœur et ses filles, enthousiasmées par la perspective de retrouver ce lieu qu’elles adorent, s’étaient jointes à nous avec plaisir. Car cet écrin de nature est en effet bien connu des locaux. Les enfants viennent s’y baigner, les hommes viennent y boire ensemble, au milieu de la végétation luxuriante. Et selon ce qu’on m’a raconté, lorsque l’alcool montait trop, la coutume voulait qu’on se plonge directement sous une cascade pour se réveiller ! Le peuple géorgien entretient une relation toute particulière à l’alcool, il y a beaucoup à en dire. Mais ceci est une autre histoire… 

Le Canyon de Martvili s’appelle ainsi parce qu’il est situé sur la commune du même nom, dans la région Samegrelo. Il faut cependant s’éloigner un peu de la ville pour trouver son entrée. Après nous être un peu perdus, mon mari Zaza a finalement réussi à nous amener à bon port. Pour cela, une méthode reste infaillible : demander son chemin aux passants ! 

Il faut avoir conscience de deux choses primordiales pour voyager avec une voiture en Géorgie : l’état du réseau routier rallonge bien souvent les trajets d’une demi-heure, voire d’une heure. Ensuite, si on parle le géorgien ou le russe, demander son chemin aux habitants du coin s’avère souvent bien plus efficace que de suivre son GPS. Nous garons donc notre voiture sur l’entrée du site, pour nous diriger vers l’objet de notre excursion. 

A notre arrivée, nous découvrons que le Canyon n’est pas accessible librement comme il l’était auparavant. Pour le préserver (et probablement gagner un peu d’argent grâce au tourisme) le gouvernement géorgien en a fermé l’accès et fait désormais payer l’entrée 17 lari pour les touristes et 8 lari pour les natifs. On peut y faire du rafting et des balades en barque, qui peuvent occasionner un supplément. Je suis déçue de voir que la visite n’est pas libre. J’aime me promener selon mes envies dans les sites naturels d’exception, et fantasmer sur un projet de bivouac que je réaliserai dans plus ou moins longtemps. Ce ne sera pas possible ici. Tant pis. Nous payons l’entrée, et entamons notre promenade sur les chemins balisés. Mon fils et ses cousines chahutent, et ma belle-sœur profite de l’ensoleillement. De mon côté, je suis curieuse de ce que je vais découvrir. Et au bout du sentier, quelle surprise… 

Le Canyon a été constitué par l’érosion de la rivière Abasha. Il est long d’environ 2,5 kilomètres pour 50 à 70 mètres de profondeur, et jalonné de plusieurs cascades dont certaines font 15 mètres de hauteur. Et cette brèche creusée par l’eau accueille un paysage époustouflant. Lichens, mousses, arbres aux feuilles verdoyantes et fleurs en pagaille encadrent une architecture rocheuse que l’eau dévale avec joie. Je suis fascinée par ce décor de conte qui s’étale déjà sous mes yeux. Nous suivons le cours de la rivière. Sesili, ma nièce, me raconte de vieilles anecdotes de sorties en famille à Martvili. Zaza se remémore les quelques soirées qu’il a passées entre amis ici, le sourire aux lèvres. Je me perds de plus en plus dans la contemplation de ce qui m’entoure. La beauté du Canyon charrie une atmosphère particulière. J’ai l’impression de ressentir la présence de très anciens esprits bienveillants, dont l’aura lumineuse irradie en chaque pierre et chaque centimètre carré de terre. C’est le genre de lieu que j’appelle sacré. Et je m’attends presque à apercevoir à tout instant une ondine danser au fil de l’eau. J’ai une envie irrépressible de me baigner dans la rivière, mais c’est interdit. Plus loin, nous tombons face à un embarcadère où il est possible de faire une balade en barque. Sans hésiter une seconde, nous saisissons l’occasion. Et c’est cette partie-là de la visite qui m’aura le plus touchée. 

Nous évoluons paresseusement au fil du courant, aidés de quelques coups de rame. Mes yeux ne peuvent croire à ce qu’ils voient. L’eau est irréelle, d’un bleu translucide, magnifique. Les deux faces de la roche nous surplombent dans un silence majestueux. La végétation dégringole au milieu de petites cascades dont le son cristallin est comme une musique à mes oreilles. Cela m’arrive rarement, mais j’ai presque les larmes aux yeux tant cette beauté m’émeut. Où suis-je ? En Géorgie ? Perdue au cœur de la Terre du Milieu de Tolkien, en pleine quête de l’Anneau ? Ou projetée dans le décor de ces contes fantastiques qui ont bercé mon enfance ? Que c’est beau. Je n’ai plus les mots pour décrire ce que je vois. Je pense à cette scène du film la Communauté de l’Anneau, où Aragorn fait découvrir à ses compagnons des statues majestueuses de Rois d’Antan, en voguant au fil d’une rivière. 

Saqartvelo lamazo ! Mon Dieu, que la Géorgie est belle. Et rien d’étonnant au fait que le Canyon de Martvili ait servi au Moyen Âge de lieu de baignade pour la haute société géorgienne. La maison Dadiani par exemple, qui comptait parmi les familles nobles les plus influentes de l’histoire du pays. Le Roi David Armashenebeli IV affectionnait lui aussi cet endroit. Un escalier vieux de six cent ans environ qui leur servait d’accès est encore visible. 

Au bout d’une dizaine de minutes seulement on nous dit que la balade se termine déjà. Mais je veux rester toute la vie sur cette eau ! A contrecœur, nous rebroussons chemin. Avant de revenir sur la terre ferme, je prends une petite pierre en souvenir. 

Nous prolongeons notre visite sur les sentiers. Hors de question de repartir tout de suite ! 

Plus loin, le Canyon se rétrécit pour suivre le cours de la rivière. La végétation, toujours aussi dense, donne envie d’aller se perdre dans les bois. Nous croisons la route d’une magnifique mante religieuse d’un vert éclatant. L’eau et la roche se suivent, se mariant en plusieurs cascades d’intensité plus ou moins fortes. Et quelques centaines de mètres plus loin, la gorge s’ouvre de nouveau comme la corolle d’une fleur. Les arbres nous surplombent, et l’eau est incroyablement transparente. Nous observons des poissons nager à distance. Le paysage féérique mérite bien quelques photos avant de rentrer à la maison. Je tente de sortir de ma rêverie pour me prêter au jeu de la pose, mais c’est difficile. J’ai envie d’être seule ici, et de m’imprégner de cette atmosphère fantastique. J’ai envie de m’armer de tous les livres de contes qui ont bercé mon enfance, et de passer l’éternité à les relire ici. C’est difficile à décrire, cette sensation d’émerveillement. J’ai vu beaucoup de lieux fabuleux lors de mes voyages, que ce soit en France ou ailleurs. Mais le Canyon de Martvili fait partie des quelques rares espaces naturels où j’ai vu le décor des mythes, légendes, récits fantastiques et autres contes blottis dans ma mémoire prendre corps, devant mes yeux ébahis. 

Je peux le dire, maintenant que j’y suis allée. Le Canyon de Martvili fait partie de ces joyaux que la Nature nous offre, où l’imaginaire a le pouvoir de devenir réalité.

*** 

Pour aller plus loin : 

Page Tripadvisor : https://www.tripadvisor.fr/Attraction_Review-g6818816-d6781758-Reviews-Martvili_Canyon-Martivili_Samegrelo_Zemo_Svaneti_Region.html 

Page de l’Office des parcs nationaux géorgiens (en anglais) : https://nationalparks.ge/en/site/martvilicanyon

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