Rubrique Chronique de Randos

BRETAGNE – Le cimetière de bateaux de Kerhervy

Un cimetière de bateaux, quoi de plus inspirant... [soupir mélancolique] Vous en doutez? Aurore vous raconte un pan de l'histoire du lieu, avant de vous livrer l'éloge funèbre qu'il lui a inspiré...
Kerhervy (2) - Illustration de HeyTon's
Illustration de HeyTon's
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BRETAGNE – Le cimetière de bateaux de Kerhervy

Un cimetière de bateaux, quoi de plus inspirant... [soupir mélancolique] Vous en doutez? Aurore vous raconte un pan de l'histoire du lieu, avant de vous livrer l'éloge funèbre qu'il lui a inspiré...
Kerhervy (2) - Illustration de HeyTon's
Illustration de HeyTon's

Par Aurore Blanc

«Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux,
Composé d’or, de pierre et d’arbres sombres,
Où tant de marbre est tremblant sur tant d’ombres;
La mer fidèle y dort sur mes tombeaux !
»
Paul Valéry – Le cimetière marin

Version audio et vidéo disponible ICI!

Les premiers bateaux déposés là en 1923 étaient d’anciens chalutiers servant à la pêche au thon, à l’époque où l’île de Groix, au large de Lorient, était le premier port thonier français. Les patrons-pêcheurs y laissaient leurs bateaux en hivernage avant de les remettre à flot au printemps. En 1943, époque où fut construite la base pour les sous-marins militaires de Lorient, les Allemands ordonnèrent à l’armement du Calloc’h basé à Groix de transférer ses épaves à Kerhervy afin de laisser la place aux sous-marins de guerre circulant vers ou depuis Lorient. Puis, lorsque les pêcheurs sont partis à la guerre, ils y ont aussi caché leurs bateaux, pour éviter que les Allemands ne les prennent. Certains ne sont jamais revenus du front et leurs bateaux sont restés à les attendre sagement. Aujourd’hui, les bateaux sont détruits en casse et il n’est plus autorisé de les laisser à Kerhervy. Mais la poésie étrange de ce lieu demeure.

*

Dans l’estuaire du Blavet, des géants sont venus mourir.
Si les baleines avaient les mêmes rites que les éléphants, sûr que leur cimetière ressemblerait à celui-là. A vue de nez, depuis l’endroit où nous nous sommes garés, j’en dénombre déjà une vingtaine. Nous en découvrirons d’autres en faisant le tour de la petite baie déserte : de toutes les tailles, de toutes les époques. Mes préférés sont ceux dont le bois, en pourrissant, laisse paraître une ossature semblable à celle des grands cétacés. Enfouis dans la vase endormie, et ce parfois jusqu’au pont, ils dorent au soleil les restes silencieux de leur immense carcasse.

Arrivés sous une fine bruine hivernale, nous voyons peu à peu les rayons d’un soleil bienvenu illuminer les lieux et faire scintiller le varech. Quelques goélands parcourent la baie en sautillant. Je les envie. Pour nous impossible de fouler ce sol incertain sans y perdre une chaussure ou nous enfoncer jusqu’aux genoux.

Plus loin, un vieux bateau de bois dont il ne reste que le pont hérissé d’énormes clous nous permet de traverser un petit cours d’eau. Dans un pli de la côte, un bateau plus récent nous dévoile le contenu de sa cabine dévastée. Tout au bout de la baie, il est un grand cargo qui exhibe, impudique, les rouages de sa machine rongée par la rouille et le sel. Hardis ! Nous escaladons les restes du pont et plongeons nos regards ébahis dans les entrailles du navire. C’est un bel endroit pour mourir.

Si j’étais un bateau, c’est là que je voudrais rester à contempler en toute quiétude mon propre enlisement, indifférente au fracas du temps qui continue de passer. Que peuvent-il se raconter ? Qu’ont-ils vécu, ces vieux loups de mer ? Les mouettes peut-être le savent et se le chantent. Pour nous, cela demeurera un éternel mystère, soumis à la seule loi d’une nature qui reprend ses droits et couvre d’algues et d’ajoncs ces géants bâtis de mains d’hommes.

*

Accès : Cimetière des bateaux de Kerhervy, Lanester, embouchure du Blavet. Parking gratuit à l’entrée de la baie.


A noter : un sentier côtier balisé partant à gauche du parking contourne et surplombe la baie puis permet de descendre au plus près des bateaux. Ça vous évitera de galérer dans la vase comme nous l’avons fait !

Illustration de Antonin Briand

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4 réponses

    1. Bonjour Laurence, nous sommes encore des bébés blogueurs et n’avons pas pris connaissance de toutes les fonctionnalités du site, mais nous allons nous renseigner ! Merci pour votre message!
      L’équipe VETC.

    2. Voilà, c’est activé pour le reblog, mais visiblement ça n’apparaît que sur ordinateur et pas sur téléphone, je ne sais pas pourquoi … Merci encore pour vos commentaires, Laurence!

      1. Bonsoir à vous,
        L’icone n’apparait pas non plus sur ordi. En tout cas je ne le vois nulle part.
        Normalement pour l’activer il suffit de cliquer sur « personnaliser les boutons » qui se trouve sous les boutons de partage en bas chacun de vos articles. ça mène à une page marketing. Tout en bas de cette page il faut cocher la case « afficher le bouton reblog » (ne pas oublier d’enregistrer les modifs avant de quitter la page)
        Si ça ne fonctionne pas, peut-être faut-il voir avec l’assistance WP…
        Au plaisir de vous lire

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