Rubrique Carnet de Voyage

Un hiver en Islande 2/2 – Le temps des fêtes: Gleðileg jól* !

UN Père Noël ? C'est naze ! En Islande, ils en ont 13, et même 14 depuis peu! Wawa, conteuse aigre-douce nous raconte la suite de son hiver islandais et nous dévoile tous les secrets des Yule Lads, Trolls descendus tout droit des montagnes pour embêter ou récompenser les habitants de l'île aux volcans entre décembre et janvier. Enfilez vos mouffles, c'est parti pour un voyage dans les traditions de Noël islandaises. Fou-rires garantis!

Illustration de HeyTon’s (clique dessus pour la voir en entier)

Rubrique Carnet de Voyage

Un hiver en Islande 2/2 – Le temps des fêtes: Gleðileg jól* !

UN Père Noël ? C'est naze ! En Islande, ils en ont 13, et même 14 depuis peu! Wawa, conteuse aigre-douce nous raconte la suite de son hiver islandais et nous dévoile tous les secrets des Yule Lads, Trolls descendus tout droit des montagnes pour embêter ou récompenser les habitants de l'île aux volcans entre décembre et janvier. Enfilez vos mouffles, c'est parti pour un voyage dans les traditions de Noël islandaises. Fou-rires garantis!

*Joyeux Noël

Illustration de Aurore Blanc, couleur par Heyton’

Dans l’épisode précédent :

Hiver 2016. Notre voyage en Islande nous entraîne dans une étrange ferme peuplée d’esprits bienveillants qui mettent sur notre route toutes les plus belles expériences. Entre amitiés, routes enneigées, aurores boréales, sources chaudes, aventures glacées et soirées au coin du feu, le destin nous entraîne vers Reykjavík pour y passer les fêtes de Noël et la nouvelle année. Nous occupons une petite maison en plein centre ville contre la garde des chatons qui viennent d’y naître : nous sommes bénis par les dieux.

Lire la partie 1 de l’article


Lorsque nous avons annoncé à nos proches que nous allions passer Noël en Islande, nombreux.ses sont celles et ceux qui nous ont demandé de passer le bonjour au Père Noël. Après tout, n’y aurait-il pas de grandes chances de croiser son traîneau sur ces terres froides, enneigées et illuminées de milles feux à l’approche des fêtes ? 

Détrompez-vous. Il semblerait que la mer qui sépare l’Islande de la Laponie* est une frontière bien trop importante pour notre bonhomme rouge à la barbe blanche et son traîneau de bois, car ici, vous n’en trouverez aucune trace.

Pourtant, à l’approche des fêtes, les Islandais.es ne rigolent pas avec les traditions et les illuminations. Quand on sort de la ville, rares sont les bâtiments. On ne croise que quelques églises parées de leurs cimetières ainsi que quelques maisons et fermes isolées : la 3e ville la plus étendue d’Islande n’est pas plus grande qu’un village français. Pour autant, les maisons – aussi isolées soient-elles – sont souvent illuminées de la magie de Noël et on trouve la joie des lumières jusque sur les tombes. Jamais je n’ai vu de cimetières plus heureux que ceux d’Islande.

À Reykjavík, chaque coin de rue est illuminé, les vitrines brillent de mille feux, d’immenses sculptures ornées de mille lueurs ornent les places, une patinoire au toit de lumière est installée au centre de la ville. Les clochettes résonnent, les odeurs nous assaillent, les lumières sur la neige froide nous éblouissent. Ici on contemple, on prête l’oreille, on flaire, on touche et on déguste Noël partout où l’on va. Les gens se rassemblent dès novembre autour de buffets de Noël et une vieille tradition pousse chacun.e.s à s’assurer que tout le monde ait bien un livre à lire pour les longues nuits d’hiver*. Pourtant, aucune trace de notre bedonnant barbu au manteau vermillon. Parfois, au détour d’une rue, on trouve d’immenses boîtes aux lettres rouges pour y déposer les listes de Noël. Une inscription sur les boîtes nous met la puce à l’oreille : « Déposez ici vos lettres pour les pères noël islandais. » Les Pères Noël ? 

Tout est plus clair. Si notre Père Noël n’a pas encore mis les pieds ici, c’est que la place est déjà prise. Ici, ce n’est pas un vieux barbu qui récompense les enfants sages, c’est 13 d’entre eux : on les appelle les Jólasveinar, Yule Lads ou simplement Pères Noël islandais. Chacun des 13 frères passe, l’un après l’autre, chaque jour précédant Noël pour récompenser, taquiner ou corriger les enfants islandais puis repartent un par un vers les montagnes, dans le même ordre, jusqu’au départ du dernier, le 6 janvier. 

Dès le 12 décembre, gare à vous si vous ne posez pas sur le rebord de la fenêtre votre soulier et les gourmandises préférées des trolls qui descendent à tour de rôle de leurs hautes montagnes isolées pour venir vous visiter. Enfants sages et trolls bien nourris apporteront paix au foyer et la chaussure sera ornée d’un présent du Yule Lad qui est passé. Et pour celles et ceux qui n’ont pas été sages ? Une simple patate dans la godasse.

Les 13 trolls ont chacun un caractère et des goûts bien à eux. Chacun vient accompagné de ses farces et… excentricités. Laissez moi vous les présenter :

Le premier à se glisser à la fenêtre des foyers islandais s’appelle Stekkjarstaur. « Le Harceleur de moutons. » Avec sa jambe raide et ses genoux qu’on entends craquer à des kilomètres, le plus vieux des frères vient harceler les ovins et téter son lait préféré directement à la source.

Le second répond au nom de Giljagaur, « Le Ravineur ». Le plus imposant des frères se cache pourtant dans les ravins et les caniveaux en attendant de pouvoir se glisser dans l’étable et voler la crème laissée dans les pots de lait. 

Le troisième jour vous aurez la visite de Stúfur « Le Courtaud ». Trapu mais singulièrement petit, il est diablement sympathique. Bien qu’il vole vos poêles à frire pour y lécher la graisse restante, il saura se montrer reconnaissant si vous mettez une échelle à la fenêtre pour l’aider à y monter. 

Puis ce sera le tour de Þvörusleikir, « Lèche-cuillère ». Il eut du mal, petit, à arrêter de sucer son pouce. Sa mère ayant dû l’y forcer, il s’est rabattu sur les Þvörur (cuillères). Il viendra lécher les cuillères encore imbibées de ragoût ou de bouillie, et vous les laissera plus propres qu’un sou neuf. Les restes de cuillères n’étant pas suffisants pour bien nourrir un troll, le bougre est épais comme un pied de chaise.

Le cinquième se prénomme Pottaskefill ou « Gratte-Pot ». Quand j’étais petite, on se battait avec mes deux frères pour lécher le fond du plat de purée. Celui-là a 12 frères et il a bien compris que les fonds de plats, c’est du rab’ de qualité. Le 16 décembre, il détourne l’attention en frappant à la porte, puis en profite pour voler plats et pots et se délecter de toute la pitance qu’il peut en extraire.

Le suivant, c’est Askasleikir, « Lèche-bol ». Si celui-ci laisse les pots, il n’épargne pas les bols et assiettes. De loin le plus mal élevé, il se cache sous votre lit et n’en sort que pour subtiliser les bols laissés sans surveillance et leur contenu. (Les traditions islandaise coûtent particulièrement cher en vaisselle…)

Hurðaskellir ou « Claque-porte » n’est pas le plus sympa d’entre tous. Amateur de vacarmes et de grincements, il vient  au milieu de la nuit du 18 décembre pour ruiner le sommeil des honnêtes citoyens en claquant les portes des granges, étables, maison et chambres. (Selon moi, le sommeil c’est sacré. Je pense qu’il devrait s’appeler claque-merde, mais ma proposition n’a pas été retenue.)

Le jour suivant, c’est Skyrgámur « Gobe-Skyr » qui fait son entrée en scène. Aujourd’hui on en trouve dans tous les supermarchés en France, mais en 2016 c’est sur place que je découvrais le skyr islandais. Ce genre de yaourt / fromage ultra protéiné m’a tout de suite charmée. Un délice particulièrement apprécié de ce Yule Lad qui n’en laissera pas une miette après son passage.

Vient ensuite Bjúgnakrækir ou « Chipe-saucisse ». Ne lui parlez pas du régime végétarien si vous tenez à votre langue. Les saucisses fumées de sa mère ont fait de son enfance un souvenir qu’il chérit et il compte bien vider vos placards et garde-mangers de leur charcuterie. Gare à vous s’il n’y trouve pas de saucisse à déguster !

Si vous pensiez avoir tout vu de l’étrangeté des Yule Lads, accrochez-vous, car les derniers sont de loin les plus étranges… 

Gluggagægir « Zieute-fenêtre » n’est rien de plus qu’un affreux voyeur qui vous espionne à travers les fenêtres pour choisir méthodiquement les objets qu’il vous dérobera aux premières minutes de votre sommeil.

Le jour suivant Gáttaþefur « Sniffe-porte » vient avec son nez immense renifler le pas des portes et au-delà. Son odorat est drôlement développé et sensible et il ne tolérera aucune odeur rebutante. En revanche, l’odeur du pain chaud ou des gâteaux vous garantira sa satisfaction, mais il ne vous en laissera aucune miette.

Quand il est né, Ketkrókur ou « Croche-viande » était le plus petit des 13 frères. Sa mère ne l’a alors nourri que de viande pour faire de lui le gars costaud qu’il est devenu, et il y a pris goût. S’il vous restait un peu de viande après le passage de Chipe-saucisse, soyez certain.es qu’il ne vous en restera plus rien.

Enfin, le jour du réveillon, vous aurez la visite du dernier frère, Kertasníkir « Le voleur de chandelles ». Autrefois, il aimait particulièrement voler et dévorer les chandelles des fermes islandaises faites de suif et délicieusement comestibles. Si avec le temps son système digestif est parvenu à s’habituer aux bougies de cire, l’arrivée de l’électricité fut beaucoup plus ardue. S’il dévore toujours les bougies, il est bien possible qu’il utilise tout de même vos fils électriques comme du fil dentaire !

Si vous pensez que c’est terminé, c’est que vous avez oublié que les histoires ne cessent de se transformer, car après la crise financière de 2006 est né un 14ème frère : Kortaklippir, « le coupeur de carte » qui vient couper les cartes bancaires des gens trop dépensiers …

Un psychanalyste passant par là affirmerait probablement que l’excentricité des fils n’est pas étrangère à celle des parents. Nourris par leur mère avec du lait d’ogre et par leur père d’un lait plus ignoble encore, les Jólasveinar ont pour parents l’affreuse troll des montagnes Grýla qui fait cuire en ragoût les enfants défectueux, et son cannibale d’époux connu sous le nom de Leppalúði. Les deux monstrueux parents sont toujours accompagnés de leur chat Jólakötturinn (littéralement « chat de Noël »), qui dévore sur son passage tous ceux qui ont le malheur … de ne pas avoir un costume neuf pour les fêtes. Une vraie famille de fous, et même le chat s’y met.

Le portrait de famille terminé, l’absence de notre bon vieux Père Noël sur l’île prend tout son sens. Qui serait assez fou pour vouloir prendre la place de cette famille biscornue dans le cœur des islandais ? Papa Noël a probablement bien trop peur de se faire bouffer.

Une chasse au trésor dans les rues de la ville nous permet de chercher dès la tombée de la nuit les projections cachées des 13 Pères Noël, leurs parents et leur chat. Ça tombe bien, car à cette période de l’année la nuit n’est interrompue que par quelques 4 ou 5 heures de lumière du jour : nous aurons tout le temps de les chercher et de découvrir toute la magie de la capitale islandaise.

Si Noël en Islande est chargé de lumières, le début de la nouvelle année n’a rien à lui envier. Comment parler des fêtes islandaises sans parler de la célébration de la Saint Sylvestre ? Ici encore, un seul jour ne suffit pas à célébrer, car si à Noël les Yule Lads sont tous arrivés, la fête est prolongée jusqu’à ce qu’ils soient tous repartis dans leur montagne. Ainsi, le 31 décembre vers 18h éclatent les premières salves de feux d’artifices (bien que d’autres aient déjà éclatés les jours d’avant, nous prouvant que l’impatience coule aussi dans les cœurs islandais). Partout dans la ville et alentours, partout où c’est possible, les islandais font exploser eux-mêmes feux d’artifices et pétards ; petits, grands et majestueux, de toutes les couleurs. 

Sous la terrasse panoramique du Perlan*, en haut de la colline Öskjuhlíð, recouverts de nos plus chauds vêtements et bières à la main, on fête la nouvelle année et on admire le spectacle à 360° qui s’offre à nos yeux. Les feux s’intensifient, et à minuit : le bouquet final. Jamais je n’ai vu autant d’explosions de lumières. Partout autour de nous, le ciel s’illumine de mille couleurs et les tirs résonnent sans interruption. Le spectacle durera jusqu’au 6 janvier. Une semaine de tirs colorés et joyeux, comme pour pousser le dernier des trolls jusqu’en haut de sa montagne, où il restera avec sa famille jusqu’à l’année suivante. 

Une semaine : c’est au moins le temps qu’il nous faudra pour nous remettre de nos émotions, graver les souvenirs et savourer les dernières saveurs de ces fêtes portées par les histoires qui, de génération en génération, forgent les cœurs des Islandais et grandissent avec eux.


*La Laponie est une région à cheval sur les territoires norvégien, suédois, finlandais et russe, berceau du peuple autochtone des Samis. On raconte que c’est en Laponie que se trouve le village du Père Noël.

*La tradition du Jólabókaflóð (déluge de livres de Noël) correspond à la sortie massive de nouveaux livres dans la période précédant Noël. Selon la coutume, après s’être rempli la panse au repas de Noël, les Islandais s’offrent des livres et chacun.e s’installe au coin du feu, chocolat chaud à la main, pour lire le bouquin qu’iel vient de recevoir. 

*Le Perlan (littéralement « La perle » en français) est un ancien réservoir d’eau construit sur la colline d’Öskjuhlíð à Reykjavík. Les réservoirs sont rénovés en 1991 et une structure hémisphérique est construite à leur sommet. On y trouve aujourd’hui un musée, une terrasse panoramique, un geyser artificiel et un restaurant tournant.

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